socrate
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Chapitre III - L'épreuve de la durée

66 - La puissance d’un matériel didactique  

L’utilisation de ce nouveau matériel a constitué pour moi une grande découverte, au moins égale à celles que j’avais faite, grâce à Fred, des principes pédagogiques eux-mêmes.

Ce que j’ai découvert (je m’étonne de l’avoir si peu pressenti, compte tenu de la peine que je m’étais donnée pour créer l’instrument), c’est qu’une grande partie de ce que je faisais jusqu’à présent, c’est le matériel qui désormais le faisait :

  • Montrer le chemin à suivre. Cette tâche qui m’occupait beaucoup, voilà qu’elle était réduite au minimum, aux très grandes lignes. Une formalité presque. Le matériel se chargeait du détail, et on pouvait prendre des libertés, puisque aussi bien on savait qu’il était là pour nous guider.
  • Susciter cette « tension », cet intérêt qui fait que l’on se pose des questions, un peu comme on se demande qui est l’assassin à la lecture d’un roman. De nouveau c’était mes « unités de sens », et pratiquement sans mon intervention, qui faisaient ce travail.
  • Provoquer la discussion entre les gens : Ils s’interrogeaient plus souvent spontanément les uns les autres, sans que j’ai besoin de les y inviter.
  • Provoquer l’émulation : Les exercices et les jeux avaient toujours fait cela, mais je n’avais plus maintenant qu’à être l’arbitre qui n’a même plus à compter les points (c’était la machine qui faisait ça) et peut se contenter de distribuer médailles et félicitations.

Mon rôle, plus que jamais, consistait à aider, à encourager, à rassurer, à relancer, à enrichir les discussions, à inciter les gens qui avaient des vues différentes à parvenir à un accord, à veiller à ce que personne ne lâche ou ne se perde, à gérer le temps pour le répartir entre les différents types d’activité : discussions, exercices, jeux, pauses. Et tout cela je le faisais au prix d’une fatigue bien moindre. C’est important.

Ce matériel, si détaillé, si précis, et si incontestablement directif, personne ne lui reprochait d’avoir ce défaut, et nous, les apprenants et moi-même, nous sentions autorisés à travailler, comme nous le voulions, en toute liberté !

© Nicolas WAPLER- Septembre 2007